"I'd rather be here a free man among brothers facing a long march and a hard fight than to be the richest citizen of Rome fat with food he didn't work for and surrounded by slaves."

 SPARTACUS
H. Fast, D. Trumbo, S. Kubrick, K. Douglas
Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 12:47

J’accuse le ministre de l’Education Nationale, par Alain Refalo

 Publié sur Médiapart le mercredi 8 juin 2011


J’accuse le ministre de l’Education Nationale

par Alain Refalo (1)

 

L’exigence de vérité commande de prendre à nouveau la parole pour mettre en accusation les fossoyeurs de l’école publique, au premier rang desquels celui qui a en charge le ministère de l’Education Nationale. L’annonce de l’embauche de 17 000  « enseignants » par le biais de Pôle Emploi, alors que 16 000 postes de titulaires sont supprimés révèle, une fois encore, la supercherie et l’imposture d’une politique misérable qui sacrifie une génération d’élèves sur l’autel des restrictions budgétaires et d’une idéologie des puissants qui ont programmé la mort du service public d’éducation. C’est désormais une évidence : ce ministère a renoncé à tous les principes éthiques et déontologiques qui lui assuraient une légitimité pour être la voix de l’Education Nationale.

J’accuse le ministre de démanteler l’école publique en rayant de la carte 1 500 classes à la prochaine rentrée scolaire et en supprimant 16 000 postes d’enseignants, tout en privilégiant les embauches de personnes précaires non formées.

J’accuse le ministre de mentir à l’opinion publique, aux parents d’élèves et aux enseignants en faisant croire qu’il est possible de faire mieux avec moins, en clamant que l’école publique remplira mieux sa fonction avec moins d’enseignants qualifiés et plus d’élèves en difficulté dans les classes.

J’accuse le ministre de conduire une politique éducative réellement assassine qui, par des « réformes » irresponsables, tue le métier d’enseignant, tue le désir d’enseigner, tue le plaisir d’apprendre et finalement tue l’école de la République.

J’accuse le ministre d’avoir rompu durablement, après les désastreuses initiatives de son prédécesseur, l’indispensable lien de confiance entre l’autorité hiérarchique, l’encadrement intermédiaire et les enseignants du primaire, lien de confiance sans lequel il est impossible de construire quotidiennement une école du progrès pour tous.

J’accuse le ministre de double langage sur le droit à l’innovation pédagogique dans les classes et les écoles : d’un côté, il l’encourage, forums institutionnels à l’appui, de l’autre il le brime en imposant des programmes rétrogrades, des évaluations nationales formatées et des dispositifs de « soutien » en trompe-l’œil qui ont pour effet de standardiser les pratiques des enseignants au mépris de la liberté pédagogique garantie par la loi.

J’accuse le ministre de non assistance à professeurs en danger lorsqu’il les laisse seuls et désemparés affronter incivilités et violences ou lorsqu’il fait peser sur eux un stress permanent via un management de la hiérarchie aux injonctions souvent contradictoires.

J’accuse le ministre de mépriser les jeunes enseignants lorsque, sans aucune formation pédagogique et professionnelle, il les envoie « désarmés » et à leurs risques dans « l’arène » de la classe, négligeant les conséquences pour leurs élèves.

J’accuse le ministre de refuser d’investir dans l’éducation à la non-violence dès l’école en préférant les mesures dites « sécuritaires » qui insécurisent durablement les personnels et les élèves car elles montrent chaque jour leur totale inefficacité.

J’accuse le ministre de mener une politique qui porte atteinte aux droits de l’enfant en autorisant le fichage informatisé des élèves dès la maternelle, par le biais du fichier Base Elèves et du Livret Personnel de Compétences, outils illégitimes et illégaux du contrôle social des populations.

J’accuse le ministre de vouloir influencer la jeunesse de ce pays en imposant à la rentrée prochaine le retour de la phrase de morale écrite sur le tableau noir ainsi que l’apprentissage et le chant de La Marseillaise, alors que c’est d’éducation citoyenne dont nous avons besoin pour construire l’indispensable vivre-ensemble pour une société réellement solidaire.

J’accuse le ministre de vouloir caporaliser les enseignants du primaire en exigeant leur obéissance inconditionnelle à des injonctions hiérarchiques qui constituent un reniement de l’éthique de leurs missions.

J’accuse le ministre d’ordonner aux inspections académiques de poursuivre les enseignants du primaire en résistance, de sanctionner les enseignants-désobéisseurs, tels François Le Ménahèze à Nantes, symbole remarquable de la résistance éthique et responsable aux dérives et mensonges d’une hiérarchie incompétente.

J’accuse enfin le ministre de se mentir à lui-même et de porter tort à la fonction qu’il occupe.

Nul ne saurait emprisonner indéfiniment les consciences. Aujourd’hui, celles-ci sortent progressivement de leur léthargie. Cette indignation éthique qui monte représente une formidable espérance. Elle annonce la révolte salutaire dont notre société a plus que jamais besoin pour dessiner l’à-venir de notre école sous les couleurs de la générosité, du respect et de la solidarité.

 

(1) Enseignant du primaire en résistance (Colomiers, Haute-Garonne), initiateur de la lettre « En conscience, je refuse d’obéir » (6 novembre 2008) et du mouvement des enseignants-désobéisseurs, auteur de « Résister et enseigner de façon éthique et responsable », Ed. Golias, 2011.

Par Gilles Lehmann
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 16 avril 2011 6 16 /04 /Avr /2011 11:04

     Après une mobilisation efficace des parents, des enseignants, de la directrice et des élus de la commune de Condat-sur-Vienne, notre école obtient une ouverture de classe à la rentrée 2011. C'est une nouvelle fois la preuve qu'une demande légitime a toutes les chances d'aboutir, si les citoyens que nous sommes manifestent pacifiquement et solidairement pour faire plier une administration qui n'a d'autre but que de réduire les coûts de fonctionnement de l'école publique, au détriment des élèves. Seul le rapport de force permet de sauver ce qui peut l'être encore.

 

     Peu importe que les hauts fonctionnaires de l'Education nationale, inspecteurs d'Académie et inspecteurs de circonscription aient leur sentiment propre sur les réformes en cours, peu importe que nombre d'entre eux comprennent que la politique actuelle est hautement nocive. Ils appliquent parce que leur obéissance contribue à leur confort personnel, la prime devenant le pilier de la fonction publique, à tous les échelons du système. Détruire plus pour gagner plus. Accepter ce système, c'est être le chien de la fable de La Fontaine :

 

 

Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
"Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
"Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

 

     Comme le loup, j'essaie encore de courir. Et quand tout le monde court, les plus grands espoirs sont permis. Quand les IEN commenceront à courir à leur tour, les adeptes du libéralisme triomphant qui détruisent méthodiquement tous les édifices de solidarité, les esclavagistes modernes qui assoient leur fortune sur la sueur, la détresse morale, la misère économique, l'inculture entretenue du plus grand nombre, tous ses maîtres auxquels il faut arrêter de complaire, sentiront les canines des chiens qui se retournent contre la main qui les nourrit et les crocs des loups affamés qui pourront enfin venir les tailler en pièces dans leur palais sans défense.

 

     Ouverture de classe contre fermeture du rased. Quand je disais en 2008 que l'aide personnalisée allait enterrer l'enseignement spécialisé, j'avais raison. C'était tellement évident que personne ne voulait y croire. Au revoir rééducateur, psychologue et maître E, que nous oublierons en deux temps trois mouvements parce que la mémoire nous donnerait des remords. Le ministère devrait songer à une prime de spleen. Au rythme où vont les choses, je propose que l'on supprime un enseignant sur dix en activité. On donne 1000 euros aux neuf qui restent. On réunit les enseignants par circonscription et ce sont eux qui votent pour éliminer tel ou tel collègue. Marrant non ?

 

     Ouverture de classe contre fermeture ailleurs. L'inspection a son objectif chiffré en tête. Du moment qu'elle le tient, peu importe qui en fait les frais. Quand toutes les écoles seront dans la rue pour demander des ouvertures...on peut rêver. Sans compter que certains directeurs un peu canins flattent ceux du logis académique en ne demandant rien, sinon à faire carrière. Triste vie décidément.

Par Gilles Lehmann
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 21 décembre 2010 2 21 /12 /Déc /2010 10:31

Après un peu de repos, j'espère redémarrer en janvier. Patience.

Par Gilles Lehmann
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 12 octobre 2010 2 12 /10 /Oct /2010 00:02

     J'ai un faible pour le fado portugais, celui de Cristina Branco en particulier. Le côté doux-amer de cette musique parle à mon âme, surtout dans les moments de doute. Je ne devrais pas en écouter ce soir, après avoir lu les mots que l'on m'envoie de la capitale et qui peuvent balayer toutes mes inquiétudes. Voyez plutôt :

 

     "Notre système éducatif a considérablement évolué. Vous devez aujourd'hui, en tant qu'enseignant, faire face à des sollicitations et des exigences toujours plus variées et complexes. Je sais que vous y répondez en vous investissant avec compétence et dévouement afin de faire réussir chacun de vos élèves au maximum de son potentiel."

 

     Mes détracteurs, et je sais qu'ils sont nombreux, peuvent toujours chercher l'auteur de ces propos dithyrambiques. Ils ne trouveront pas.

 

     Merci monsieur Luc Chatel de reconnaître mon engagement au service de l'école publique. Si vous le permettez, j'afficherai votre courrier dans ma classe et je continuerai à dénoncer la suppression des Rased, la réduction du temps scolaire, la mise en fiche des élèves, l'absurdité des évaluations nationales, l'augmentation des effectifs par classe et bien d'autres réformes que nous devons à la clairvoyance de votre ministère.

Par Gilles Lehmann
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 7 septembre 2010 2 07 /09 /Sep /2010 10:13

    Après la mise en place de l'aide personnalisée en 2008, des évaluations nationales en 2009 et tandis que le fichage de nos enfants à l'école se poursuit presque en silence (CNRBE), la grande nouveauté de cette année, ou du moins la grande priorité de notre hiérarchie, sera d'imposer l'utilisation par les enseignants du livret de compétences informatisé (LDCI). Il faut que je termine la lecture et l'analyse ce fabuleux condensé d'intelligence humaine, de cette belle liste d'items qui a l'ambition d'être la photographie de la cervelle de nos enfants.

 

     J'ai parfois l'impression d'être sur un bodyboard, avec devant moi une barre à passer et des vagues mauvaises qui n'en finissent pas de déferler. Je sors à peine de la première que la suivante me met la tête sous l'eau et je m'essouffle inexorablement. Pourtant au loin, j'aperçois un magnifique rouleau, sur lequel j'ai une folle envie de surfer. 

 

    Une première question de rentrée, puisque je n'ai pas le clavier très délié aujourd'hui.

 

     Si l'aide personnalisée est une réussite, pourquoi ne pas en faire quatre heures au lieu de deux par semaine ? Et pourquoi les stages de remise à niveau, qui au final ont les mêmes objectifs et fonctionnent de la même manière (petits groupes d'élèves) que l'APE, ont-ils si peu de succès ? Pourquoi ne pas les rendre obligatoires en augmentant le temps de travail des enseignants ou en augmentant les effectifs par classe et en gagnant ainsi des moyens horaires ? Avec quarante-cinq à soixante élèves par classe, on pourrait libérer des professeurs pour qu'ils interviennent, sur leur temps de travail, dans les stages de vacances. Cela éviterait d'ailleurs de les rémunérer en heures supplémentaires et d'augmenter le service des personnels, ce qui n'est pas  très porteur électoralement. Certes, il est difficile de pousser les murs des classes, mais il n'est pas impossible de créer des structures à étages. C'est fou la place perdue dans une classe. La mienne peut loger aujourd'hui une trentaine d'élèves. Avec un peu d'ingéniosité et de bonne volonté, il serait possible d'en accueillir le double, en posant un plancher de verre entre le sol et le plafond. Les gens qui nous gouvernent donnent l'exemple en vivant et en travaillant dans des logements et des bureaux de dimensions très modestes, ne l'oublions pas.

 

     L'heure est aux économies : vos enfants ont déjà renoncé à trois semaines d'école par an, ils peuvent bien partager quelques mètres cubes d'air avec leurs condisciples. Un peu de gaz carbonique supplémentaire, pour sûr, c'est excellent pour la réflexion.

 

 

 

Par Gilles Lehmann
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Au fil des yeux

Recommander

Recherche

Calendrier

Janvier 2012
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus