Une victoire au goût amer.

Publié le par Gilles Lehmann

     Après une mobilisation efficace des parents, des enseignants, de la directrice et des élus de la commune de Condat-sur-Vienne, notre école obtient une ouverture de classe à la rentrée 2011. C'est une nouvelle fois la preuve qu'une demande légitime a toutes les chances d'aboutir, si les citoyens que nous sommes manifestent pacifiquement et solidairement pour faire plier une administration qui n'a d'autre but que de réduire les coûts de fonctionnement de l'école publique, au détriment des élèves. Seul le rapport de force permet de sauver ce qui peut l'être encore.

 

     Peu importe que les hauts fonctionnaires de l'Education nationale, inspecteurs d'Académie et inspecteurs de circonscription aient leur sentiment propre sur les réformes en cours, peu importe que nombre d'entre eux comprennent que la politique actuelle est hautement nocive. Ils appliquent parce que leur obéissance contribue à leur confort personnel, la prime devenant le pilier de la fonction publique, à tous les échelons du système. Détruire plus pour gagner plus. Accepter ce système, c'est être le chien de la fable de La Fontaine :

 

 

Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
"Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
"Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

 

     Comme le loup, j'essaie encore de courir. Et quand tout le monde court, les plus grands espoirs sont permis. Quand les IEN commenceront à courir à leur tour, les adeptes du libéralisme triomphant qui détruisent méthodiquement tous les édifices de solidarité, les esclavagistes modernes qui assoient leur fortune sur la sueur, la détresse morale, la misère économique, l'inculture entretenue du plus grand nombre, tous ses maîtres auxquels il faut arrêter de complaire, sentiront les canines des chiens qui se retournent contre la main qui les nourrit et les crocs des loups affamés qui pourront enfin venir les tailler en pièces dans leur palais sans défense.

 

     Ouverture de classe contre fermeture du rased. Quand je disais en 2008 que l'aide personnalisée allait enterrer l'enseignement spécialisé, j'avais raison. C'était tellement évident que personne ne voulait y croire. Au revoir rééducateur, psychologue et maître E, que nous oublierons en deux temps trois mouvements parce que la mémoire nous donnerait des remords. Le ministère devrait songer à une prime de spleen. Au rythme où vont les choses, je propose que l'on supprime un enseignant sur dix en activité. On donne 1000 euros aux neuf qui restent. On réunit les enseignants par circonscription et ce sont eux qui votent pour éliminer tel ou tel collègue. Marrant non ?

 

     Ouverture de classe contre fermeture ailleurs. L'inspection a son objectif chiffré en tête. Du moment qu'elle le tient, peu importe qui en fait les frais. Quand toutes les écoles seront dans la rue pour demander des ouvertures...on peut rêver. Sans compter que certains directeurs un peu canins flattent ceux du logis académique en ne demandant rien, sinon à faire carrière. Triste vie décidément.

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