Souvenirs syndicaux

Publié le par Gilles Lehmann

 

"Les syndicalistes sont les meilleurs soutiens de la direction."

 

      Ce sont les termes ou presque utilisés par une principale de collège, lors d'un repas décontracté de fin d'année. Je la revois assise de l'autre côté de la longue table, se laissant aller aux confidences, sous l'effet d'un ou deux verres de bon vin.

 

 

 

"Nous en rediscuterons dans mon bureau en septembre."

 

      La même principale s'adressant aux représentants syndicaux en question, pour leur faire comprendre, lors d'une réunion un peu houleuse sur les itinéraires de découverte, que si on lui cherchait des poux dans la tête elle saurait en tenir compte dans les emplois du temps.

 

 

 

"Les représentants syndicaux sont ceux qui font le plus d'heures supplémentaires dans notre lycée."

 

      Une phrase souvent prononcée à la table familiale.

 

 

 

"Ne prends pas de risques. Fais voter FO aux élections professionnelles. C'est le plus important. Tu sais bien que nous sommes le seul syndicat à défendre véritablement l'école."

 

      Entendu d'un responsable national, au moment où j'étais dans l'œil du cyclone, suite à mon refus de mettre en place l'aide personnalisée à la manière de l'inspection.

 

 

 

"Tu vas avec ces gens-là ?"

 

      Une réplique pleine de mépris vomie par une secrétaire de section FO du secondaire, alors que j'essayais avec des collègues de la CNT d'appeler les enseignants du primaire à boycotter l'aide personnalisée.

 

 

 

      Mon éviction du CDEN (Conseil départemental de l'éducation nationale) par mon propre syndicat.

 

 

 

"Pour se lancer dans le boycott de l'aide personnalisée, il faut récupérer au moins 900 engagements à désobéir."

 

      D'un responsable de la FSU, souhaitant attendre les élections de 2012 pour agir par les urnes. Neuf cents désobéisseurs dans un seul département pour entamer une action !

 

 

 

 

      Je n'adhère pas à l'idée que le syndicalisme enseignant puisse représenter un espoir pour l'école publique. Certes, il peut être un espoir pour les enseignants, dans la mesure où il est encore capable de défendre leurs intérêts matériels (mouvement, promotions, salaires). Mais il accompagne, sciemment à sa tête, naïvement à sa base, la curée, jouant son rôle d'anesthésique, magnifiquement incarné entre autres par l'hypnotique Gérard Aschieri et l'anxiolytique François Chérèque.

 

     Non, le syndicalisme est aujourd'hui le premier allié du pouvoir, pour mettre en pièces le système scolaire. Vouloir concilier syndicalisme et désobéissance est une erreur fondamentale. Les deux sont incompatibles par essence.

 

     Le syndicalisme réformiste dresse une barrière entre l'individu et sa responsablité. Il infantilise l'enseignant avec la même efficacité que la hiérarchie, lui propose un cadre sécurisant où les colères peuvent s'exprimer sans conséquences. C'est une thérapie théâtralisée.

 

     La désobéissance place sur la vraie scène de la vie, sans protection, sinon celle de la conviction, de l'honnêteté intellectuelle et de l'intelligence en liberté. Il est évident qu'elle ne peut qu'effrayer les enseignants qui pour beaucoup n'ont jamais quitté le monde de l'enfance et pour lesquels l'inspecteur demeure le substitut du père.

 

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P
<br /> Oui bien sûr, une telle résistance de terrain serait efficace, mais je ne sais pas si beaucoup peuvent l'oser de manière isolée ; je ne connais pas bien les modalités du remplacement en primaire<br /> masi je crois que le remplaçant contacté par téléphone le matin pourrait difficilement refuser sans se mettre hors la loi. Ce que vous décrivez est une action non violente mais ne suppose t elle<br /> pas aussi un minimum de mouvement de masse pour que les gens s'y lancent. Il est vrai que l'exemple peut être à l'origine de ce mouvement aussi.Votre acte de janvier, même isolé a probablement fait<br /> connaître plus que bcp de grèves les pbs de notre école.<br /> Ce que je voulais dire en défendant les syndicats est qu'ils ont le mérite du collectif ; à nous peut-être de créer des collectifs plus souples ou d'amplifier ceux qui existent. Dans mon coin, il y<br /> a 1 collectif dans la ligne des désos mais il n'agit pas contre les syndicats. Il me semble que les ppareils syndicaux ont des atouts qui peuvent être utiles aussi malgré leur frilosité.<br /> <br /> <br />
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G
<br /> <br /> Je pense que l'idée que les syndicats conservent des moyens d'action efficaces est justement ce qui rend les enseignants frileux. Les syndicats majoritaires sont consciemment ou non des alliés du<br /> pouvoir, des structures vouées à encadrer le mécontentement des personnels.<br /> <br /> <br /> Le mérite du collectif ? C'est oublier que le collectif peut avoir aussi des errements et des plus graves. Je ne parle pas des collectifs créés lors de mouvements sociaux, mais de la notion même<br /> par opposition à celle d'individu. La dictature du collectif, c'est la dictature tout court avec son lot d'uniformes et de drapeaux, ce qui nous ramène à ceux qu'agitent les syndicats.<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> D'accord avec vous, Gilles ! Je n'ai jamais été syndiqué. Pour les grèves, mon avis est cependant un peu différent. Il faut bien commencer par une grève d'un jour avant de faire monter le mouvement<br /> en puissance.<br /> <br /> <br />
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P
<br /> Encore une fois, que proposez vous à la place ? Je remarque que vous n'avez pas publié mon commentaire sur votre précédent article ; mais peut-être ai-je fait une mauvaise manip..<br /> Votre démarche de résistance est admirable certes, mais faut-il "se bouffer" le nez ? Le pouvoir ne se frotte -t-il pas les mains pendant ce temps en nous méprisant ? Dans mon secteur franc<br /> comtois, les délégués syndicaux sont bien ceux qui se bougent dans tous les mouvements , même si je suis très critique sur leur politique nationale. Une structure collective n'est-elle pas<br /> indispensable ? Ne risquez-vous pas de démobiliser au moment où on a besoin du contraire, alors que tout le monde baisse les bras ?<br /> encore une fois : que proposez-vous à la place des syndicats, à la place des grèves ?<br /> je précise que je ne suis pas déléguée syndicale !!<br /> <br /> <br />
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G
<br /> <br /> Je ne gère pas la publication des commentaires. Je peux juste les supprimer. Vous avez sans doute raté une manipulation.<br /> <br /> <br /> Ce que je propose c'est la résistance de terrain, dans sa propre école. Imaginez deux secondes que lors de ma suspension, la remplaçante ait refusé à son tour, puis le remplaçant de la<br /> remplaçante, etc. Les conquêtes sociales se font par des actions qui engagent véritablement. Défiler dans la rue puis retourner dans son école pour tout appliquer en se taisant ne sert<br /> strictement à rien.<br /> <br /> <br /> <br />