Le supplice de la grève

Publié le par Gilles Lehmann

     La grève, plage d'échouage des enseignants moribonds. Et sur la plage, la guillotine dressée par les ennemis du bien public.

      La grève dans l'éducation n'est plus aujourd'hui un moyen de lutte, un levier de contestation, seulement une habitude grégaire sans aucune efficacité politique. On fait grève presque à date fixe, une fois, deux fois, trois fois dans l'année, un peu plus si des élections professionnelles ont lieu ou si le gouvernement est particulièrement virulent. Puis chacun, qu'il ait défilé ou non, revient dans sa classe comme si de rien n'était, conscient que cela ne changera pas grand-chose, mais vaguement déculpabilisé, vaguement satisfait d'avoir montré l'intensité de son mécontentement.

      La grève est une thérapie, d'autant plus qu'elle s'accompagne de la petite promenade de santé, au tracé immuable, dans les rues d'une ville indifférente.

      On discute, on agite des drapeaux, publicités ambulantes des syndicats, mouchoirs pour pleurer, linceuls des espoirs de la profession. Tout le monde sait très bien que si par le plus grand des hasards la grève est reconduite et s'installe dans la durée, ces colifichets regagneront bien vite les coffres des voitures à sono.

      La grève ponctuelle est un moyen subtil d'encadrer le ras-le-bol des enseignants. On laisse sortir les moutons pour les faire bêler un tantinet en toute sécurité, encadrés par les bons chiens de berger avides de la récompense qui tombera inévitablement des mains de leur maître.

      La grève d'un jour nuit aux élèves, nuit aux parents, nuit aux enseignants. C'est le fond de commerce des syndicats réformistes, de ceux qui accompagnent invariablement les pires réformes, parce qu'ils ont pour but premier leur propre survie, parce qu'il faut bien qu'ils mangent. Et peu importe que les moutons finissent à l'abattoir, pourvu que d'autres les remplacent.

      SMA du gouvernement contre SMA des syndicats : service minimum d'accueil contre service minimum d'action.

      L'avantage avec la grève d'un jour, c'est que l'on ne risque pas d'avoir une mauvaise note d'inspection pour avoir laissé sa classe. Ce serait presque le contraire. Un enseignant malléable doit être un bon gréviste, qui remplit, signe et transmet à la hiérarchie sa déclaration d'intention dans les délais, qui reste dans les limites balisées de la contestation de façade.



"Nous devons nous-mêmes incarner les changements que nous voulons voir se réaliser."

     Des paroles de Gandhi à méditer.

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A
<br /> Effectivement j'abonde dans le sens de Gérard. Il n'y a pas à opposer les grèves à la désobéissance. Par contre il y a à opposer les fonctionnements démocratiques, autogérés et décentralisés aux<br /> réflexes bureaucratiques.<br /> Le problème c'est les syndicats actuels, pas le syndicalisme. Le syndicalisme a ses outils : grève et caisse de grève, grève du zèle, boycott et donc désobéissance.<br /> Dans plusieurs départements les AG s'étaient prononcées pour la désobéissance par contre effectivement les syndicats majoritaires les ont trahis.<br /> Il ne tient qu'à nous de nous organiser dans des syndicats autogérés. La désobéissance a besoin d'être organisée collectivement sans quoi, même si des collègues seront sauvés par la médiatisation,<br /> d'autres subiront les sanctions et les foudres des petits caporals de la hiérarchie.<br /> <br /> Et la grève reste ce qu'on en fait. Effectivement ces grèves d'opinion sont contre-productives mais si la grève retrouvait son sens il pourrait en être autrement.<br /> Ce qui manque c'est un plan d'action. Mais si demain on décidait d'une caisse de grève à long terme pour soutenir une grève reconductible en juin qui viserait par exemple au blocage d'un vieil<br /> examen, sûr que le gouvernment ferait une autre gueule.<br /> <br /> Mais pour ça il faut reconstruire le syndicalisme. C'est ce qu'Aldo fait et que j'essaie aussi à mon petit niveau.<br /> <br /> <br />
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G
<br /> la grève vaste sujet. J'ai fait la grève parfois pendant 15 jours quand j'étais jeune enseignant.Maintenant je vois que la vie est dure , les fins de mois difficiles, souvent c'est la pression<br /> économique qui empêche de faire grève. Un des problèmes également est de l'impact du mouvement dans les écoles. Quel intérêt de faire si les 3 quarts des collègues ne suivent pas le mouvement. J'ai<br /> aussi l'impression que les réformes en cours sont ficelées et malheureusement par fatalisme beaucoup, par lâcheté aussi beaucoup je ne bouge pas en espérant passer entre les gouttes.<br /> Je pense que le démontage progressif de notre système éducatif est sur les rails et je ne pense pas que les grèves empêcheront cela.<br /> Dernier problème je ne crois plus au syndicalisme, plusieurs exemples me font penser que ceux qui dirigent les syndicats sont plus souvent intéressés par leurs petits avantages personnels que par<br /> la situation de leurs collègues alors je n'ai pas envie de défiler derrière les banderoles des Snuipp et autres Se....<br /> <br /> <br />
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B
<br /> Cher Mordhogor,<br /> Certes, ces grèves ponctuelles à répétition sont inefficaces, agaçantes, voire, en fin de compte ridicules. Grève d'automne, grève de printemps....<br /> Par contre, faire grève est un "droit" et non un privilège. Nous, fonctionnaires, pouvons encore l'exercer. Ce ne devrait pas être un privilège mais la règle générale.<br /> De plus, les remarques goguenardes ou méprisantes sur les fonctionnaires sont, en effet, monnaie courante. A force de répétition (oui on les entend au quotidien), je les trouve lâches et injustes.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> Oeil d'un employé du privé, recevant des clients du privé (dont quelques fonctionnaires...), voyant défiler un cortège d'employés du public pour la énième fois dans l'année et recueillant l'avis<br /> ambiant :<br /> Rires moqueurs des clients d'abord, interrogations ensuite (ils font ça pourquoi aujourd'hui ?) et mécontentements fréquents (nous sommes encore otages de la SNCF, des enseignants, de la Poste...<br /> les mêmes quoi...). Bref, après tout ça, on comprend de moins en moins et on s'agace de plus en plus. Le français râle toujours plus, mais il faut dire que le droit de grêve n'est pas le privilège<br /> de tous.<br /> <br /> <br />
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G
<br /> Je souhaite que nous soyons toujours plus nombreuses et nombreux à résister, à désobéir.<br /> Cela dit je ne pense pas que "Seule la somme des résistances individuelles peut faire barrage au dépeçage de l'éducation nationale.", non pas seule !<br /> Comment vouloir imaginer l'avenir lorsqu'on oublie son passé ? Notre passé doit s'inscrire dans les luttes de résistance mais également dans les luttes de la classe ouvrière (notre classe<br /> d'origine) avec les moyens dont elle s'était dotée dont la grève (pas celles de ces trop nombreuses dernières années), les syndicats (pas les syndicats qui n'ont plus de mémoire eux aussi, mais<br /> nous n'avons que les syndicats que nous voulons... si on les trouve trop "tièdes", aux ordres, réformistes... on peut en démissionner et ne pas les cautionner), la création de bourses du travail<br /> (Pelloutier n'est peut-être pas mort, Pouget non plus), les caisses de solidarité, les caisses de grève...<br /> bon c'est peut-être plus ringard que d'appeler à signer une pétition sur le net ou organiser des journées d'étude ou une université d'été en comptant sur les médias, le coup médiatique.<br /> Arrêtons d'opposer une forme de lutte à l'autre.<br /> Nous ne gagnerons qu'en tissant des liens, en utilisant nos réseaux, en luttant au quotidien pour retrouver les valeurs essentielles de notre classe.<br /> Gérard, syndicaliste, militant pédagogique, résistant, déso, homme debout.<br /> <br /> <br />
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