Le jour miraculeux de l'école laïque

Publié le par Gilles Lehmann

     Depuis l'année dernière, vous avez sans doute remarqué que les écoles sont fermées le samedi matin. C'est un jour où la classe est interdite, tout simplement. Vous avez  remarqué par la même occasion, que les écoles sont également fermées le mercredi matin, du moins quatre-vingt quinze pour cent d'entre elles. Jour d'interdiction ? Non. Alors pourquoi ? Toujours la même question en ces temps troublés. Pourquoi ? Pourquoi le délire s'empare-t-il de la profession ?

   Revenons à nos moutons, à nos enseignants plutôt, mais c'est tout comme. L'administration, dans sa grande sagesse, a laissé aux conseils des maîtres le choix de la répartition des horaires, tout en leur tendant une jolie petite carotte bien sucrée. Vous allez voir, ne perdez pas patience. Donc, il n'est pas interdit de faire classe le mercredi matin, mais c'est un régime dérogatoire, la règle étant la semaine de quatre jours. De là à penser que le ministère ne tenait pas trop, en ficelant son projet, à voir les écoles travailler quatre jours et demi par semaine, il n'y a qu'un pas... que beaucoup de maîtres ont franchi allègrement, d'autant plus allègrement d'ailleurs que vingt-quatre jours supplémentaires sans aller à l'école redonnent des couleurs à beaucoup d'entre eux, même au salarié que je suis, quand cela désole l'enseignant que j'essaie d'être.

   Vous me direz, évidemment, que les ministres de l'éducation, Xavier Darcos, puis Luc Chatel, ont déjà parlé d'un retour à la semaine de quatre jours et demi, en insistant sur le fait que les responsables de l'allongement de la journée scolaire sont les enseignants. C'est vrai d'un côté, puisque ces derniers sont tombés dans ce piège grossier, c'est faux de l'autre car il a bien fallu quelqu'un pour le leur tendre. Eternel jeu de la responsabilité partagée qui n'incombe à personne. Ce n'est pas moi, c'est l'autre et vice-versa. Vice tout court.

     A l'Education nationale, du haut en bas de la pyramide, personne ne veut plus ou presque d'un retour au mercredi matin ou au samedi matin. Au bout d'un an ou deux, tout changement, quelque décrié qu'il ait été lors de sa mise en place, est digéré par l'ensemble de la profession, et l'éventualité d'un retour en arrière est vécue comme une transformation inquiétante que l'on voue aux gémonies à son tour. C'est hallucinant, mais c'est ainsi.

   Je semble m'éloigner du titre de mon article, mais c'est pour mieux y revenir. Poser la question qui fâche à l'enseignant de votre enfant. Pourquoi ma fille a-t-elle perdu deux heures de cours par semaine alors que ses résultats d'évaluation ne sont pas très bons ? Pourquoi mon fils, dont vous dites qu'il a des difficultés de concentration, travaille-t-il une demi-heure de plus par jour, vingt fois dans l'année ? Je n'y comprends plus rien.
     Si le maître vous répond que lui non plus, vous en tenez un bon. S'il entame une explication alambiquée, tendant à vous prouver, soit que c'est pour le bien des enfants, soit que ce n'est pas de son ressort, que c'est la faute des transporteurs, de la mairie, du ministre, posez la question suprême, celle qui le laissera sans voix un instant, avant de le rendre vaguement honteux ou carrément agressif.
     Pourquoi alors faites-vous classe le mercredi qui précède le jeudi de l'Ascension ?

     Vous voyez, il existe bien ce jour miraculeux de l'école laïque.


Gilles Lehmann
  
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D
<br /> Je vais être honnête. A Bordeaux, on pratique la semaine de 4 jours depuis presque vingt ans. Aucune évaluation sérieuse n'a pu déterminer si c'est mieux ou moins bien. Une certitude, la journée<br /> d'école est trop longue. Une autre certitude, toute personnelle, j'adore les mardis soir...<br /> <br /> <br />
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P
<br /> Donner le samedi matin aux familles pour qu'ainsi rassemblées elles puissent consommer le week-end entier.<br /> A quand remonte la dernière réforme pensée pour les élèves ?<br /> <br /> <br />
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A
<br /> Bonjour Gilles<br /> Instit à la retraite depuis un an , ai-je le droit de m'exprimer encore sur "le métier"?<br /> Je partage cette analyse sur le samedi avec quelques restrictions toutefois.<br /> J'étais contre ce samedi bradé, le suis encore, même si j'apprécie que ma femme soit avec moi ce jour là aussi (elle est instit et encore en "fonction").<br /> Pour un tas de raisons , j'étais donc opposé à voir ce samedi "libéré". Peut-être un réflexe de vieil instit ???<br /> Mais il faut reconnaître que 80% des enseignants sont des femmes et qu'elles ont voté pour le samedi libre. On ne peut leur en vouloir de privilégier leur vie de famille, de privilégier leur<br /> présence auprès de LEURS enfants. C'est ce qu'on a entendu dans les pseudo-réunions préparatoires.On travaille maintenant à 50%, 80% etc...le métier change...Je ne suis pas sûr qu'il évolue dans le<br /> bon sens , mais ...<br /> Bien évidemment, il fallait s'attendre au remplacement de ces heures en moins, aux compensations diverses qui amènent des conflits au sein même des écoles. Il ne fallait pas être naïf !<br /> Il faut ajouter que ce sont les conseils d'école qui ont voté et donc aussi et surtout les parents. Les mairies ont joué un rôle très important dans les décisions finales et souvent contre les les<br /> résolutions adoptées à l'école.<br /> Donc, ce n'est pas si simple ...<br /> En tout cas, bon courage Gilles.<br /> Anjou<br /> <br /> <br />
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G
<br /> Les retraités sont les bienvenus évidemment. Les conseils d'école ne sont pas vraiment des lieux de démocratie et les informations présentées aux parents sont parfois tronquées. De plus, cette<br /> assemblée ne vote en théorie que le règlement intérieur de l'école, sur lequel figurent les horaires parmi bien d'autres articles. Autrement dit, il n'est pas très compliqué pour un conseil de<br /> maîtres de faire passer la pilule en douceur. Il est vrai pour autant que des parents sont contents de cette semaine de quatre jours, ce qui ne veut pas dire que c'est l'idéal pour les élèves. Il<br /> n'est pas rare d'entendre les enfants dire qu'ils préfèrent venir à l'école que de passer la journée chez eux ou au centre aéré. Vous avez raison, la réalité est toujours plus complexe qu'un<br /> article de quelques lignes, mais mon but est d'ouvrir des débats, pas d'asséner des réponses. Merci pour vos encouragements.<br /> <br /> <br />