Les dessous des rythmes scolaires

Publié le par Gilles Lehmann

 

     Le chantier de la réforme des rythmes scolaires est ouvert. Il était temps, et pourtant je suis persuadé qu'il ne débouchera sur aucune construction d'envergure. D'emblée, le ministre a repoussé les délais de livraison dans un futur où il ne sera plus aux commandes de l'Education nationale. C'est dire s'il est réellement concerné par la rénovation de la maison.

 

 

      Le temps de l'école n'est pas le temps des politiciens. Ces derniers ont déjà en tête le calendrier électoral de 2012, aucunement le calendrier scolaire. En 2007, Ségolène Royal a payé les propos peu révérencieux qu'elle a tenus contre les enseignants. La profession a vite compris qu'elle n'avait rien à gagner sur le plan matériel en votant pour la candidate du parti socialiste. Nicolas Sarkozy est bien plus fin politique que sa rivale d'hier. Il sait pertinemment que pour détruire l'école publique, comme le lui suggèrent les lobbies libéraux, sans mobiliser massivement contre lui le monde enseignant, il doit lâcher du lest. Si chaque professeur a quelque chose à gagner personnellement au milieu du naufrage collectif, la riposte électorale sera moins douloureuse.

 

 

      Dans quelques années, Darcos sera considéré dans les salles des maîtres comme un bon ministre pour avoir imposé la semaine de quatre jours. Quand j'ai appris la nouvelle improbable au printemps 2008, je me souviens d'avoir rigolé avec un collègue. C'était un cadeau du Père Noël ! J'ai vite compris que si j'allais en profiter, les élèves allaient en pâtir. Mais l'homme est faible et corruptible. Imaginez que votre patron vous convoque pour vous dire que vous allez travailler une demi-journée de moins dans la semaine, que vous répartirez les heures sur les autres journées, mais bon que ce sera de la réunion et du boulot plus cool, il ne sait pas trop quoi. Vous vous dites qu'il a fondu les plombs, vous avez envie de lui sauter au cou et vous rêvez que vous allez glandouiller tranquillement dans son dos durant les minutes surnuméraires et profiter de la vie pendant la demi-journée libérée. Vous ne pensez pas à vos clients qui vont se faire avoir en beauté. Ce n'est pas votre problème, vous n'avez décidé de rien.

 

 

      A ma connaissance, la Haute-Vienne est un des rares départements, sinon le seul, où l'inspection académique a pris les intentions officielles de Luc Chatel au pied de la lettre, avec sans doute un peu trop de précipitation. La lecture de la circulaire de rentrée 2010 a poussé l'IA à demander un vote des conseils d'école sur l'aménagement de la semaine scolaire, la ville de Limoges étant exclue de cette procédure, deux écoles devant à la rentrée prochaine expérimenter le mercredi matin travaillé. C'est le monde à l'envers, comme si jamais une école française n'avait ouvert ses portes plus de quatre jours par semaine ! Qu'ont décidé les conseils d'école quand ils ont décidé ? Apparemment de garder le même fonctionnement que cette année, c'est-à-dire dans 98 % des cas de conserver une répartition hebdomadaire du temps d'apprentissage des élèves qui est considérée, en termes pédagogiques, comme la plus mauvaise des solutions par la grande majorité de la profession. Etonnant non ? Maints collègues soutiennent que c'est aujourd'hui au ministre de décider, à l'échelle nationale, de l'architecture de la semaine scolaire. Pourtant, il y a deux ans, les mêmes n'ont pas laissé passer l'occasion de décider localement de la réduction du nombre de jours de classe.

 

 

      Je prends le pari que si Luc Chatel propose demain une année scolaire de trente-six semaines de trois jours, la semaine de quatre jours sera enterrée sans tambour ni trompette. Allez monsieur le Ministre, un petit effort et nous vous laissons dépecer les RASED et bourrer les classes à ras bord, sans même crier notre colère.

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