Evaluations nationales de CM2 : le grand mensonge

Publié le par Gilles Lehmann

 

 

      

 

     « Le ministère a reçu les organisations syndicales pour leur faire part du bilan des évaluations nationales CM2. La Dgesco était visiblement embarrassée d’annoncer des résultats bruts en  baisse de 11% en mathématiques et 3% en français. La DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) a pu ancrer statistiquement ces résultats : dans certaines écoles, les élèves ont planché sur une trentaine d’items supplémentaires (exercices identiques à ceux de 2009) pour assurer la comparabilité sur deux années scolaires. Les résultats étant identiques sur les items 2009, cela a permis au ministère d’arriver aux conclusions suivantes : ce ne sont pas les élèves qui ont plus de difficultés cette année mais les exercices de la session 2010 qui sont plus difficiles que ceux de 2009. » (extrait d'un communiqué du se-unsa)

 


     Une interview de Jean-Michel Blanquer, patron de la DGESCO (Direction générale de l'enseignement scolaire), ici : link

 

 

     Quelle n'a pas été ma surprise en lisant les propos de Jean-Michel Blanquer. La baisse des résultats nationaux aux évaluations de CM2 ne m'étonne pas outre mesure, non, ce qui me choque c'est qu'on puisse trafiquer les chiffres pour tordre la réalité à ses désirs, sous couvert d'un mensonge éhonté. Car après avoir minutieusement comparé les livrets d'évaluation de 2009 avec ceux de 2010, je ne vois pas en quoi Monsieur Blanquer peut affirmer honnêtement que les exercices de cette année sont plus difficiles que ceux de l'année dernière. Ils sont sensiblement identiques dans ce domaine. Qui plus est, les élèves ont bénéficié d'un temps de passation supérieur (+ 14 % en français, + 12 % en mathématiques) et n'ont pas eu à se mesurer au plus-que-parfait et à la division avec un dividende à virgule. Soit je suis un âne incapable de comparer deux batteries d'exercices, soit Monsieur Blanquer est un menteur.

 

 

     C'est le bien le problème des politiques éducatives du chiffre : moins de personnels, moins de temps de classe et plus de réussite aux évaluations. Faire mieux avec moins. Hélas, il faut se rendre à l'évidence : cela ne fonctionne pas. Mais les hauts fonctionnaires, les experts de tous poils, les professionnels du management sont d'un naturel têtu. Les résultats d'évaluation doivent s'améliorer d'année en année. C'est ainsi. Se dire que quelque chose cloche dans les réformes puisque les résultats sont en baisse est pour eux une aberration. Trafiquons les résultats et la preuve sera faite que le système éducatif est en progrès. C'est évidemment beaucoup plus simple, car avec des raisonnements aussi captieux, les cent pour cent de réussite sont à la portée d'un analphabète.

 

 

     Essayons un instant de nous élever au-dessus de cette mare fangeuse de médiocrité et de malhonnêteté intellectuelles qui n'est pas sans rappeler les objectifs stakhanovistes pour le baccalauréat d'un ancien ministre de l'Education nationale, objectifs délirants qui s'appliquent aujourd'hui à l'Université et amènent les enseignants du supérieur à s'arracher les rares cheveux de leur docte chef devant certains étudiants à la limite de l'illettrisme. Passons.

 

 

     Pourquoi les résultats d'évaluations nationales de CM2 sont-ils en baisse ? Peut-être parce que les élèves de cette année ont eu deux heures de moins d'enseignement que leurs aînés durant leur scolarité de CM1. Peut-être parce que l'aide personnalisée n'est d'aucune efficacité sur le strict plan des acquisitions de connaissances.

 

 

     Mais faisons confiance à nos stratèges du ministère et autres officines où l'intelligence s'efface devant la gestion bête et méchante. Je prends le pari qu'ils auront le toupet de revenir, pour les CM2, à des évaluations de niveau de CE2, à l'image de celles de 2007, tout aussi scandaleuses que celles d'aujourd'hui, même si elles se cachaient derrière leur caractère diagnostique, admirable paravent de scientisme, plus adapté à la blouse blanche qu'à la blouse grise.

 

 

     J'oubliais de vous dire que pour rendre les résultats de cette année acceptables, dans une optique soviétique de lendemains qui chantent, les experts ad hoc ont grossièrement baissé les seuils des groupes de réussite, en particulier en mathématiques, là où les scores sont loin des ambitions affichées. Personnellement, quand je vois un élève qui a seize réponses justes sur quarante, j'ai du mal à dire à ses parents qu'il a de bons acquis. Même avec quatre cents euros de gages, cela me paraîtrait insurmontable.

 

 

     Monsieur Chatel, si j'ai un conseil à vous donner, c'est d'augmenter la prime de passation pour faire taire les dernières résistances ou alors de suspendre tous les enseignants qui n'amélioreront pas leurs résulats l'année prochaine.

 

 

     Dire que des inspecteurs m'ont sorti de ma classe pour une telle mascarade. Où est l'incompétence ?

 

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